Voyages

Carnet de voyage: Barcelone et sa joie de vivre

Il y a quelques semaines, je suis partie seule à Barcelone. J’ai pris le large, toute seule avec mon ciré et mon sac à dos. Et mon inconscience. Enfin, vous allez me dire, Barcelone ce n’est pas non plus l’autre bout du monde, mais pour une apprentie voyageuse solo – oui parce que je compte recommencer (coucou maman) – ce n’était pas non plus tranquillou bilou. Pour remettre les choses dans leur contexte: cela faisait un moment que j’avais envie de partir à l’aventure toute seule mais il y avait toujours quelque chose qui me rappelait à l’ordre comme, « t’as pas assez d’argent », « t’as pas le temps », et « c’est quand même dangereux toute seule ». Sauf que le mois d’octobre est arrivé, j’ai eu des vacances et j’avais des sous de côté alors rien ne m’empêchait de prendre un billet d’avion. Sauf la peur. Mais la peur on lui dit d’aller se faire foutre – diantre, que je suis vulgaire – et c’est comme ça qu’en une heure j’ai réservé un aller retour pour Barcelone et quatre nuits dans une auberge de jeunesse. Excitation, joie, euphorie. Bien sûr, une semaine après, je faisais moins la maligne dans mon uber à 4h du matin.

Jour 1:

Il est 5h35, les portes d’embarquements ouvrent dans un peu moins d’une heure et je me demande ce qui a bien pu me prendre pour décider comme ça, sur le coup, de partir toute seule dans un pays dont je ne connais absolument pas la langue. J’ai actuellement, environ, aucune heure de sommeil à mon actif, en effet, j’ai eu la bonne idée de fêter Halloween hier, enfin tout à l’heure – bref vous avez compris – et la fête s’étant terminée vers 3h du matin et mon départ pour la gare afin de prendre le Rhône express qui m’emmenera jusqu’à l’aéroport – prendre l’avion, toute une épopée – se faisant autour de 3h45 du matin, je me suis dis que 45 minutes de sommeil signeraient ma perte. Je me voyais mal me réveiller à 7h10, – l’heure du dit départ – en panique, les cheveux en bataille et les yeux rouges à cause du torrent de larmes provoqué par cette affreuse panne de réveil. Mais bref, tout ceci ne s’est heureusement pas produit même si j’ai galéré pendant 20 ans pour commander mon uber et que j’ai failli rater le Rhône express. On ne se refait pas.

J’ai embarqué et j’ai eu envie de pleurer parce que bordel, qu’est ce qui m’est passé par la tête. Et puis je me suis endormie et une fois arrivée en terre espagnole j’ai paniqué parce que je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire. J’ai donc respiré un grand coup et pris les choses une par une, déjà: trouver un bus pour aller dans le centre de Barcelone. Bus trouvé avec une facilité déconcertante.

J’ai posé les pieds à Barcelone et j’ai encore eu envie de pleurer, mais cette fois, d’émotion. La sensation d’être chez soi, même si c’est dans un pays dont on ne connaît pas la langue, il pleut mais la ville est si jolie alors je photographie tout, je me perds dans les rues, je vais au marché de la Boqueria, là où 9 ans auparavant je buvais des jus de fruits avec mon frère et ma mère. Il pleut des cordes, je me réfugie dans un café, les gens sont gentils et chaleureux. Je suis perdue dans ma journée, j’ai l’impression que c’est le soir alors je ne comprends pas pourquoi les gens prennent un petit déjeuner dans les restaurants, mais il n’est que 10h et pour moi, qui n’ai pas dormi, c’est une autre dimension, un autre monde qui s’offre à moi dans sa plus grande beauté et sa plus grande douceur.
Je suis allée voir la mer, c’était dingue les vagues étaient immenses et j’aurai pu rester là des heures, je me suis promenée dans le port et c’était très chouette, sentiment de plénitude, de savoir ce que je faisais ici, de m’y sentir bien. Plus de batterie, j’ai dû trouver l’auberge avec pour seule indication une adresse et ma tête. J’ai fait de mémoire tout le chemin inverse et une fois arrivée de là où je venais, j’ai réussi, grâce à des plans de métro, à trouver la rue de mon auberge. Je m’endors finalement devant un film, le sourire aux lèvres.

Jour 2

Après un petit dej vraiment pas dingue à l’auberge de jeunesse – je dois dire que j’ai quand même défoncé leur stock de madeleines – je me suis rendue sur la rambla et j’ai passé la matinée à visiter le Gotico, quartier historique de la ville. Il y avait dans les rues de Barcelone une vraie joie de vivre, une douceur si typique de ces villes du Sud, j’étais bien, complètement dans mon élément. Au détour des rues je croise la route d’une jolie place où j’ai mangé un soir avec mon frère et ma mère quand j’étais petite – attention moment nostalgie – et je ne sais pas, ça m’a ému. Je passe aussi devant l’église Santa Maria où un groupe de personnes dansait sur la musique d’un orchestre, Barcelone et ses surprises. La matinée passe assez vite, je commande une tortilla bien trop chère et localise ma position pour voir ce que je peux faire, une des raisons principales de ma venue étant: Antoni Gaudi. Si vous vous intéressez un peu à l’art vous connaissez sans doute ce célèbre architecte au style si particulier. Et bien coup de chance, j’étais à deux pas du palais Guell, je m’y rend donc et j’y reste presque toute l’après midi. J’observe tout, je prends en photo, je discute avec la guide du musée, je m’émerveille devant tant de beauté et d’ingéniosité.

Après ça je vais me promener du côté de la Barcelonetta. Je m’assoie sur le sable avec ma glace et j’ai la sensation d’être la reine du monde. À côté de moi il y a un groupe d’espagnols qui joue au volley, je les observe et j’ai l’impression d’être dans un film. Je marche le long de la promenade, la nuit tombe, les lumières brillent et je me sens bien.

Jour 3:

Ce matin là je me réveille plus tôt que la veille et je fonce au marché de la Boqueria pour m’acheter de quoi manger le midi. Ensuite je prends le funiculaire et avec joie et allégresse je me dirige vers la fondation Miro, une autre raison pour laquelle je suis à Barcelone. Joan Miro doit probablement être mon peintre préféré, son oeuvre, sa vision des choses me touchent d’une façon très particulière et ce depuis que je suis petite. Alors c’est avec beaucoup – mais alors vraiment beaucoup – d’émotion que je me suis retrouvée devant ses tableaux avec les larmes aux yeux – grosse bichette, je sais, mais bon. Après plusieurs heures passées dans le musée je suis redescendue dans le centre et j’ai visité le raval, un des autres quartiers principaux de Barcelone. Au début j’étais assez sceptique et je n’avais pas tellement envie de me balader dans ce coin là mais je me suis laissée surprendre par les tours et les détours et j’ai finalement beaucoup apprécié cet endroit, si différent du Gotico, beaucoup plus populaire et stimulant. Il y avait pleins de jolies boutiques partout dans lesquelles je me suis évidement empressée d’entrer, des rues gorgées de soleil, aux façades colorées dont les fenêtres étaient décorées du linge étendu.

Le soir tombé je retourne sur la plage pour manger une glace et me dire que j’ai de la chance quand même. Et puis je me promène dans la ville de nuit et c’est totalement magique, tout est beau, mystérieux, joyeux et je termine cette troisième journée plus heureuse que jamais.

Jour 4:

Pour ce quatrième jour je suis montée jusqu’au parc Guell – et j’ai cru mourir en montant la pente aussi hard que celle de Fourvière – avec beaucoup d’excitation parce que j’avais adoré ce parc quand j’étais petite mais une fois arrivée en haut j’étais un peu déçue parce que la partie monumentale du parc était en travaux et je vous laisse imaginer qu’il n’était pas à son avantage. J’ai donc visité la maison de notre cher Antoni Gaudi et là encore claque d’émotion. Je ne sais pas si vous pouvez visualiser ce sentiment, mais disons que Gaudi est un artiste que j’admire beaucoup et visiter sa maison si mignonne et si simple, ça m’a ému. Ce que j’ai trouvé amusant c’était ce paradoxe entre la simplicité des pièces et du lieu comparé à son style coloré et complètement décalé. En fait, Gaudi était un homme très humble et très simple – c’est aussi pour ça que je l’aime – et ça se ressent quand tu traverses les pièces de sa maison, le tout accompagné de calme et de sérénité, un peu comme si le fantôme de Gaudi était là avec nous.

Après être retournée dans le centre je me suis décidée à visiter la Casa Batlo, encore une oeuvre d’Antoni – oui je l’appelle par son prénom – et là grosse grosse claque. Cette maison est absolument magnifique et rend complètement grâce au génie de l’artiste – la meuf n’est pas en admiration du tout. Le thème de la mer est très récurrent, on a un peu l’impression d’être dans un sous marin, un espace fou et décalé mais à la fois empreint d’une grande poésie. Partout où tu poses les yeux il y a quelque chose à voir, à admirer, tu peux faire le tour de la pièce trois fois de suite, il y aura toujours un détail que tu n’auras pas remarqué la fois précédente et c’est ça qui est magique avec Gaudi, il t’oblige à observer, à prendre le temps et la conscience qu’il y a tout un monde à découvrir.

Je suis ensuite allée me promener dans le Born, le dernier quartier principal de Barcelone que je n’avais pas visité mais par manque de temps je n’ai pas pu bien me perdre dans les rues – se perdre dans les rues, ma passion, mon salut – mais il y a de grandes chances pour que j’y retourne donc…

Pour ma dernière soirée à Barcelone j’avais envie de faire un truc un peu spécial, alors j’ai pris le bus jusque dans les hauteurs de la ville pour admirer le coucher du soleil – je suis un cliché vivant mais je m’en fiche c’était trop bien. En fait je ne suis pas montée sur le mirador à cause du peuple un peu trop abondant à mon goût, je suis donc restée plus bas, à danser toute seule sur un rocher sur des chansons de comédies musicales en regardant le soleil se coucher. Rien que d’y repenser ça me met des frissons.

Jour 5:

Dernier jour à Barcelone, je me suis levée à 5h du matin pour aller voir le lever du soleil sur le plage – oui après le couché fallait bien le voir se lever – mais malgré ma grande motivation ce fut un échec puisqu’il y a avait trop de nuages. Enfers et damnation. Je suis donc allée prendre un petit déjeuner du feu de Dieu au café où je suis allée le premier jour – mais quand je vous dis du feu de Dieu, c’est pas une blague, genre je crois que les gens de la table d’à côté m’ont jugé – et je suis allée me promener au parc de la Cituadella puis sur la plage. Et c’est comme ça que j’ai terminé mon séjour à Barcelone, sur le sable à regarder la mer, les gens jouer au volley, se baigner, rire et être heureux. J’ai ramassé des coquillages et je me suis faite avoir par une vague, ce qui a fait rire un couple d’espagnols en train de se baigner, du coup ça m’a fait rire, bref tout le monde riait et c’était bien. Vraiment bien.

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